Extraits

Deepfake à l'Élysée

À l'heure des IA génératives, la vérité n'existe plus. Il n'y a que le rendu pixel.

Prologue — Tour Prometheus, La Défense, 23 h 58

Quatre-vingt-onze secondes qui allaient décider d'une élection présidentielle française.

Stanislas Vhor regardait la vidéo pour la quarante-septième fois et il ne se lassait toujours pas.

Quatre-vingt-onze secondes. Quatre-vingt-onze secondes qui allaient décider d'une élection présidentielle française. La caméra fictive tournait lentement autour d'une chambre qui n'existait pas, d'un lit qui n'existait nulle part, d'un homme qui n'avait jamais posé la main sur la fille qu'on voyait sous lui. La texture de la peau avait été calculée grain par grain par l'algorithme Chimère-7. […]

Quarante-huit heures pour obtenir un suicide politique volontaire. Pas un mot de rançon. Pas de négociation. Juste le silence politique pur.

Chapitre I — Hôtel Le Bristol, 3 h 15

Je ne suis pas un voleur. Je suis un consultant en recouvrement.

Le couloir feutré du troisième étage sentait la cire d'abeille et le silence. Vask s'arrêta devant la porte de la suite 312. Il ajusta les poignets de sa chemise blanche, vérifia que son rythme cardiaque était stable — cinquante-cinq pulsations minute, le calme d'un apnéiste avant la plongée — et toqua trois fois. Des coups secs. Autoritaires. […]

— Tu ne prends pas le cash ? demanda la blonde, surprise par ce braqueur qui laissait vingt mille euros derrière lui.

— Je ne suis pas un voleur. Je suis un consultant en recouvrement.

Chapitre II — QG de campagne

La vérité n'existe plus, Henri. Il n'y a que le rendu pixel.

— J'ai passé le fichier brut dans Sentinel, le logiciel forensique du Mossad qu'on a payé une fortune. Il est ressorti vert. Authentique.

— C'est impossible. Jussac était avec moi à Strasbourg la nuit où cette merde est censée avoir été filmée.

— C'est un deepfake de génération 5. […] C'est faux, Henri. J'en suis sûr. […] Mais ça ne change rien. Pour un juge, pour BFM TV, et surtout pour les millions de moutons sur Twitter, cette vidéo est la vérité absolue. La vérité n'existe plus, Henri. Il n'y a que le rendu pixel.

Chapitre XVI — L'Olympe, rue de Ponthieu, 23 h 15

Aucune enseigne, aucun néon. Juste une façade de marbre noir et un cordon de velours rouge.

La Mercedes Classe S noire glissa le long du trottoir détrempé et s'immobilisa devant le numéro 22. Aucune enseigne, aucun néon. Juste une façade de marbre noir, une lourde porte en chêne à double battant, et un cordon de velours rouge qui contenait une faune grelottante d'aspirants fêtards. […]

Vask ne ralentit pas. Il détacha deux billets de cinquante euros de sa liasse, les plia en quatre, et les glissa avec un mépris feint dans la pochette de poitrine du videur. […]

— Si tu passes ce truc bon marché sur mon velours, je fais demi-tour, j'appelle directement Stan… Tu veux vraiment expliquer ça à Stanislas Vhor un soir de gala ?

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